« Submersion » de Bruno Patino

On touche son téléphone mobile 600 ou 700 fois par jour, selon les études.

L’auteur est Président de la chaîne franco-allemande ARTE. Il a déjà publié « La civilisation du poisson rouge » et « Tempête dans le bocal »

L’illusion d’un choix illimité

Musique, films, séries, actualités, à disposition: ce trop-plein est un piège. L’attente et le plaisir ont disparu.
« Nous avons perdu la nuit. Les écrans sont arrivés, et avec eux la connexion permanente. Voici venu le temps de l’aube perpétuelle. De la lueur bleutée qui jamais ne s’éteint, du rayonnement qui jamais ne s’apaise. Eveillés, hagards, hébétés, nous sommes irrémédiablement attirés par leur lumière. Finies les insomnies, place à l’a-somnie et aux veilleurs sentinelles, à ceux pour qui la nuit n’est plus qu’une séquence hypnotique entre mauvais sommeil et connexion décevante. »

C’est une overdose

« On touche son téléphone mobile 600 ou 700 fois par jour, selon les études », précise l’auteur, ajoutant que la moitié des habitants du Royaume-Uni passent plus de 11 heures par jour sur leur téléphone. « Quand j’ai donné ce chiffre, le correcteur des éditions Grasset m’a envoyé un mail pour me dire qu’il y avait sans doute une erreur… Je lui ai envoyé les sources et les études, j’avais moi-même relu deux fois l’étude pour être sûr ! »

L’impossibilité de choisir entre « 100 millions de choses »

Pour Bruno Patino, c’est à la fois un phénomène que l’on choisit et que l’on subit. « C’est ça qui est vertigineux : bien sûr qu’on l’a choisi, qu’on y a vu un outil incroyable de liberté, de mise en relation avec l’autre, de mise en relation avec tout le savoir du monde, toute la production culturelle du monde… Et finalement, ça nous fatigue, souvent on abandonne, on a l’impression qu’on ne peut plus choisir. Et ça change quelque chose en nous. » « L’abondance était une promesse, elle est devenue une sorte de problème », analyse-t-il. « En moyenne, on arrive à faire des choix entre 15, 20, 30 options. Quand on nous propose 100 millions de choses, on n’y arrive pas ! »

Un autre auteur spécialiste du sujet prolonge cette réflexion

Michel Desmurget, chercheur spécialisé en neurosciences cognitives, nous présente son dernier ouvrage « Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital », paru au Seuil. Il poursuit son travail sur l’hégémonie des écrans dans nos vies et celles de nos enfants. Il rappelle que la lecture est un outil essentiel à notre développement, à notre humanité, notre empathie et notre créativité.
 Pour lui, le cerveau ne se structure pas bien dans cet environnement numérique alors que les bienfaits de la lecture sont scientifiquement prouvés. La lecture permet de mieux nous comprendre et de mieux comprendre les autres. Elle permet de rentrer dans les pensées des personnages et d’éprouver les mêmes sentiments que les personnages. C’est un véritable simulateur social, de ce fait elle nourrit les trois piliers fondamentaux de notre humanité : notre intellect, notre intelligence émotionnelle et nos compétences sociales.

Ecouter le podcast

Grasset Avril 2023

Commander

Ecouter ce podcast